Réponse directe : Le SBTi (Science Based Targets initiative) permet à une industrie de définir des objectifs de réduction carbone validés scientifiquement et alignés sur 1,5°C, sur les scopes 1, 2 et 3, avec une crédibilité reconnue par les marchés financiers et les donneurs d’ordres. Le processus comprend la soumission d’un bilan carbone complet, la définition d’objectifs chiffrés par méthode sectorielle (acier, ciment, chimie…) et une revue par des experts indépendants, pour un délai total de 12 à 24 mois. Pour ancrer cette trajectoire dans un diagnostic solide, voir notre article sur le bilan carbone industrie (méthode ISO 14064).
Points clés à retenir
- Le SBTi est le seul standard de validation indépendante des trajectoires carbone d’entreprises reconnu par les marchés financiers, les régulateurs (CSRD) et les grands donneurs d’ordres industriels
- Les scopes 1 et 2 sont obligatoires ; le scope 3 l’est également dès qu’il représente plus de 40 % des émissions totales — ce qui concerne la quasi-totalité des industriels
- Des méthodes sectorielles dédiées existent pour l’acier, le ciment et la chimie, avec des objectifs d’intensité carbone (tonnes CO₂/tonne produite) adaptés aux réalités de chaque filière
- Le processus de validation dure 12 à 24 mois et débouche sur un label public qui différencie les engagements réels des déclarations de greenwashing
- Un engagement SBTi validé ouvre l’accès à des financements verts bonifiés (10-30 pb de réduction de taux) et à des marchés B2B de plus en plus conditionnés à des exigences carbone fournisseurs
La multiplication des engagements « net zéro » autoproclamés depuis 2020 a créé une défiance croissante des marchés, des régulateurs et des parties prenantes vis-à-vis des trajectoires carbone d’entreprise. Le SBTi (Science Based Targets initiative) a émergé comme le standard de référence pour distinguer les engagements fondés sur une analyse scientifique rigoureuse des simples déclarations d’intention. Pour les industriels — acier, ciment, chimie, papier, agroalimentaire — dont les émissions sont structurellement difficiles à réduire (procédés thermiques, émissions de procédé incompressibles à court terme, scope 3 complexe), le SBTi offre un cadre méthodologique structurant qui relie le bilan carbone initial aux investissements de décarbonation à planifier sur 10, 20 et 30 ans. Ce guide détaille le fonctionnement du SBTi, son processus de validation, les méthodes sectorielles disponibles et les bénéfices concrets pour les entreprises industrielles françaises.
Qu’est-ce que le SBTi et pourquoi s’y engager ?
Le SBTi est un partenariat fondé en 2015 par quatre organisations — CDP, Pacte mondial des Nations Unies, WRI et WWF — qui développe et gère un standard international de validation des objectifs de réduction de GES des entreprises. Sa spécificité fondamentale est l’alignement scientifique : les objectifs soumis sont vérifiés par rapport aux scénarios d’émissions globales du GIEC compatibles avec 1,5°C ou 2°C de réchauffement. Une entreprise dont les objectifs sont validés SBTi peut légitimement affirmer que sa trajectoire carbone contribue à limiter le réchauffement climatique — ce que les engagements autoproclamés ne peuvent pas démontrer sans vérification indépendante.
Pour les industriels, le SBTi structure deux niveaux d’objectifs complémentaires. Les objectifs « near-term » (court terme) portent sur un horizon de 5 à 10 ans à compter de l’année de soumission : ils définissent les réductions annuelles absolues ou en intensité requises sur les scopes 1, 2 et 3 pour rester sur une trajectoire 1,5°C. Les objectifs « long-term » ou « net-zero » portent sur 2050 au plus tard : ils exigent une réduction de 90 % des émissions absolues scopes 1, 2 et 3 par rapport à l’année de référence, les 10 % résiduels pouvant être compensés par des absorptions carbone permanentes (forêts, CCUS). Ces deux niveaux d’objectifs constituent la « trajectoire SBTi » de l’entreprise, publiée publiquement sur le registre en ligne du SBTi et actualisée par un reporting annuel. Pour les industriels déjà engagés dans la décarbonation de l’industrie lourde, le SBTi fournit les jalons quantitatifs qui permettent de prioriser et de dimensionner les investissements (électrification, hydrogène, CCUS, efficacité énergétique).
Scopes 1, 2, 3 : quelles émissions couvrir ?
Le SBTi s’appuie sur le cadre du GHG Protocol pour délimiter le périmètre des émissions de chaque entreprise. Les trois scopes couvrent des niveaux de maîtrise et de complexité croissants :
| Scope | Définition | Exemples industrie | Obligation SBTi | % typique en industrie |
|---|---|---|---|---|
| Scope 1 | Émissions directes des installations et équipements contrôlés par l’entreprise | Fours industriels, chaudières gaz, procédés (cuisson ciment, fusion acier), flotte de véhicules | Obligatoire | 10-40 % |
| Scope 2 | Émissions indirectes liées à l’énergie achetée (électricité, vapeur, chaleur, froid) | Consommation électrique des ateliers, vapeur achetée à un tiers, air comprimé externalisé | Obligatoire | 5-30 % |
| Scope 3 | Toutes les autres émissions indirectes de la chaîne de valeur (amont + aval) | Achats matières premières, transport amont/aval, utilisation des produits vendus, fin de vie | Obligatoire si > 40 % du total | 50-85 % |
Pour un cimentier, le scope 1 est dominant (émissions de procédé de la décarbonatation du calcaire = 60 % des émissions totales) et la réduction sans CCUS est physiquement limitée. Pour un fabricant de produits plastiques, le scope 3 aval (émissions liées à l’incinération des plastiques en fin de vie) peut dépasser 70 % du total. Cette hétérogénéité sectorielle justifie les méthodes SBTi spécifiques à chaque filière. Le premier prérequis d’un engagement SBTi est donc la réalisation d’un bilan carbone complet scopes 1, 2 et 3 — voir notre article sur le bilan carbone industrie selon la méthode ISO 14064 pour le cadre méthodologique applicable.
Processus de validation d’une trajectoire SBTi (étapes et délais)
La validation d’une trajectoire SBTi suit un processus formalisé en six étapes, d’une durée totale indicative de 12 à 24 mois pour un industriel partant du bilan carbone initial :
- Étape 1 — Lettre d’engagement (Commitment Letter) : l’entreprise signe en ligne l’engagement public à soumettre des objectifs SBTi dans les 24 mois. Elle obtient immédiatement le statut « SBTi Committed » publié sur le registre. C’est une déclaration d’intention — pas encore une validation — mais elle a une valeur de signalement auprès des investisseurs et des donneurs d’ordres (durée : 1 jour)
- Étape 2 — Bilan carbone complet : inventaire GES scopes 1, 2 et 3 selon le GHG Protocol Corporate Standard, avec une année de référence stable (généralement la plus récente avant perturbation — hors années COVID 2020-2021 si possible). Durée : 3 à 9 mois selon la complexité de la chaîne de valeur
- Étape 3 — Définition des objectifs : sélection de la méthode SBTi applicable (ACA, SDA ou méthode sectorielle dédiée), calcul des objectifs chiffrés de réduction sur les scopes 1, 2 et 3, avec les années cibles. Les feuilles de calcul SBTi sectorielles guident ce travail. Durée : 1 à 3 mois
- Étape 4 — Soumission officielle : dépôt du dossier complet (bilan carbone, objectifs, feuilles de calcul, documentation) via la plateforme SBTi Target Validation. Des frais de soumission sont facturés (de 4 500 à 9 500 USD selon la taille de l’entreprise). Durée : 1 semaine
- Étape 5 — Revue scientifique par l’équipe SBTi : les experts SBTi vérifient la conformité des objectifs aux critères de la version en vigueur (SBTi Corporate Standard). Des allers-retours de clarification sont fréquents. Délai : 3 à 6 mois en standard (12 à 18 mois pour les secteurs avec méthodes dédiées complexes)
- Étape 6 — Validation et reporting annuel : les objectifs validés sont publiés sur le registre SBTi avec le statut « Targets Set ». L’entreprise est ensuite tenue de publier ses progrès chaque année dans un rapport de durabilité (CSRD, rapport RSE). Les objectifs non-tenus doivent être révisés et resoumis
Le coût total d’un engagement SBTi comprend les frais de soumission (4 500-9 500 USD), les coûts internes de coordination (6 à 18 mois-hommes selon la taille), le coût du bilan carbone scope 3 (20 000 à 80 000 € pour un groupe industriel multi-sites) et les éventuels honoraires d’un conseil externe. Pour identifier les aides mobilisables pour financer cette démarche et les investissements qui en découlent, voir notre panorama des aides à la décarbonation industrielle 2026.

SBTi industrie lourde : les secteurs avec des méthodes dédiées
Le SBTi a développé des méthodes sectorielles spécifiques pour les industries dont les trajectoires de décarbonation ne peuvent pas être traitées par les approches génériques. Ces méthodes tiennent compte des contraintes physico-chimiques propres à chaque procédé et des technologies de décarbonation disponibles à différents horizons temporels :
| Secteur | Méthode SBTi dédiée | Indicateur d’intensité | Objectif 2030 (near-term) | Levier principal net-zero 2050 |
|---|---|---|---|---|
| Acier | Steel Pathway (publiée 2022) | tCO₂/t acier produit | −30 % d’intensité vs. année de réf. | Hydrogène vert (DRI-EAF), électricité décarbonée, scrap recovery |
| Ciment | Cement Pathway (publiée 2022) | kgCO₂/t ciment | −20 % d’intensité vs. année de réf. | CCUS (captage sur décarbonatation), clinker alternatif, combustibles de substitution |
| Aluminium | Aluminium Pathway (en développement) | tCO₂/t Al produit | En consultation | Électricité 100 % renouvelable, anode inerte (zéro émission de procédé Scope 1) |
| Chimie | Chemicals Pathway (finalisation 2025-2026) | tCO₂/t produit ou GJ énergie | En finalisation | Électrification des procédés, hydrogène vert, matières premières biosourcées |
| Papier-carton | Forest, Land & Agriculture (FLAG) + SDA | tCO₂/t papier | −25 à −50 % selon procédé | Biomasse durable, électrification, séquestration forêt gérée durablement |
| Agroalimentaire | FLAG (pour émissions agricoles) + SDA (procédés) | tCO₂/t produit fini ou kgCO₂/€ CA | Objectifs FLAG obligatoires dès 2024 | Réduction émissions agricoles N₂O/CH₄, efficacité énergétique procédés |
Pour les secteurs non couverts par une méthode dédiée, l’Absolute Contraction Approach (ACA) s’applique : l’entreprise doit réduire ses émissions absolues (scopes 1+2) de 4,2 % par an pour être alignée 1,5°C, ou 2,5 % par an pour 2°C. La Sectoral Decarbonization Approach (SDA) alloue à l’entreprise un budget carbone proportionnel à sa valeur ajoutée dans son secteur, avec un facteur de convergence vers 2050. Les industriels de filières lourdes — notamment les acteurs de l’industrie lourde acier, ciment et verre — ont tout intérêt à attendre ou à utiliser les méthodes sectorielles dédiées plutôt que l’ACA, car elles tiennent compte des limites physiques de la décarbonation à court terme (CCUS non encore déployé à l’échelle industrielle, hydrogène vert coûteux).

SBTi et bénéfices business : financement, donneurs d’ordres, réglementation
Au-delà de la dimension environnementale, un engagement SBTi validé génère des bénéfices économiques et stratégiques concrets sur trois axes complémentaires :
- Financement vert : les banques (BEI, BNP Paribas, Société Générale, Crédit Agricole CIB) proposent des prêts verts et des Sustainability-Linked Loans (SLL) avec des conditions bonifiées (10-30 pb de réduction de taux) indexées sur l’atteinte des jalons SBTi. Les obligations vertes et les obligations liées à la durabilité (Sustainability-Linked Bonds) nécessitent des KPI climatiques validés externes — le SBTi en est le standard le plus reconnu. Pour les groupes industriels finançant des investissements de décarbonation (four à hydrogène, PAC haute température, CCUS), ces bonifications représentent plusieurs millions d’euros d’économies sur la durée des emprunts
- Marchés B2B et donneurs d’ordres : les grands groupes engagés SBTi (Renault, Airbus, Danone, L’Oréal, TotalEnergies) intègrent progressivement des exigences carbone dans leurs cahiers des charges fournisseurs via leurs programmes « Scope 3 fournisseurs ». Un sous-traitant ou fournisseur disposant d’un engagement SBTi validé répond directement à ces exigences — c’est un critère de qualification croissant dans les appels d’offres industriels depuis 2024-2025, qui deviendra structurant à horizon 2027-2030. Les industriels non engagés risquent une exclusion progressive des marchés des grandes entreprises elles-mêmes engagées SBTi
- Conformité réglementaire CSRD : la directive européenne CSRD (Corporate Sustainability Reporting Directive) oblige les entreprises de plus de 250 salariés ou 40 M€ de CA (à partir de 2025-2026 selon la taille) à publier un plan de transition climatique avec des objectifs GES chiffrés et des jalons de court terme. Le SBTi fournit exactement ce cadre méthodologique, reconnu par l’EFRAG (European Financial Reporting Advisory Group) qui développe les normes ESRS. Les entreprises ayant anticipé le SBTi avant l’entrée en vigueur de la CSRD disposent d’un avantage de conformité réglementaire et évitent le risque de sanctions et de réputation associé aux déclarations non conformes
Ces bénéfices business se renforcent mutuellement : une trajectoire SBTi validée facilite l’accès au financement vert, qui finance les investissements de décarbonation, qui permettent d’atteindre les jalons SBTi, qui maintiennent l’accès aux marchés B2B et à la conformité CSRD. Pour mobiliser les aides publiques disponibles dans la mise en œuvre des investissements prévus dans la trajectoire SBTi, voir notre panorama des aides à la décarbonation industrielle 2026.
En résumé
Le SBTi (Science Based Targets initiative) est le standard de référence mondial pour fixer des trajectoires carbone industrielles crédibles et validées scientifiquement, alignées sur 1,5°C. Il couvre les scopes 1, 2 et 3 (le scope 3 est obligatoire dès qu’il dépasse 40 % des émissions totales), avec des méthodes sectorielles dédiées pour l’acier, le ciment, la chimie et l’agroalimentaire. Le processus de validation dure 12 à 24 mois et débouche sur un label public qui différencie les engagements réels des déclarations de greenwashing — avec des bénéfices concrets : financement vert bonifié (10-30 pb), accès aux marchés B2B des grands donneurs d’ordres engagés SBTi et conformité anticipée à la CSRD. Pour les industriels souhaitant s’engager, la première étape est la réalisation d’un bilan carbone complet (ISO 14064), suivi de la définition des objectifs de réduction et de leur soumission à la plateforme SBTi. Les investissements requis pour tenir la trajectoire s’appuient sur les leviers présentés dans notre article sur la décarbonation de l’industrie lourde, et les aides mobilisables sont recensées dans notre panorama des aides à la décarbonation industrielle.
Questions fréquentes
Qu'est-ce que le SBTi et pourquoi une industrie devrait-elle s'y engager ?
Le SBTi (Science Based Targets initiative) est un partenariat entre le Carbon Disclosure Project (CDP), le Pacte mondial des Nations Unies, le WWF et le World Resources Institute (WRI). Il définit les méthodes et les critères permettant à une entreprise de se fixer des objectifs de réduction de gaz à effet de serre (GES) alignés sur la science climatique — c'est-à-dire compatibles avec les scénarios du GIEC limitant le réchauffement à <strong>1,5°C</strong> ou, au minimum, à 2°C par rapport au niveau préindustriel. Depuis 2015, plus de <strong>9 000 entreprises</strong> ont soumis ou validé des objectifs SBTi dans le monde, représentant plus d'un tiers de la capitalisation boursière mondiale. En France, les groupes industriels comme Michelin, Air Liquide, Saint-Gobain, ArcelorMittal et Schneider Electric disposent déjà d'objectifs SBTi validés. Pour une industrie, s'engager dans le SBTi présente plusieurs raisons structurelles. La <strong>crédibilité externe</strong> est première : contrairement aux engagements "net zéro" autoproclamés (qui prolifèrent sans vérification indépendante), le label SBTi constitue une validation scientifique tierce qui répond aux critiques de greenwashing. Les <strong>donneurs d'ordres</strong> (grandes entreprises elles-mêmes engagées SBTi) incluent désormais de plus en plus des exigences SBTi dans leurs appels d'offres, notamment dans l'automobile, l'aéronautique et la grande distribution. Les <strong>marchés financiers</strong> intègrent le SBTi comme critère ESG de premier plan (obligations vertes, prêts à impact climatique, fonds ISR). La <strong>réglementation</strong> européenne (CSRD, directive DPEF) oblige les grandes entreprises à publier des trajectoires de réduction — le SBTi fournit le cadre méthodologique reconnu pour répondre à ces obligations. Enfin, pour les industriels engagés dans des actions concrètes comme le <a href="https://bureauecologie.fr/bilan-carbone-industrie-methode-iso-14064/">bilan carbone industrie</a>, le SBTi offre le prolongement logique : fixer des objectifs chiffrés sur la base du diagnostic réalisé.
Comment les scopes 1, 2 et 3 sont-ils définis dans le SBTi et lesquels sont obligatoires ?
Le SBTi adopte le cadre de comptabilité carbone du GHG Protocol, qui divise les émissions d'une entreprise en trois périmètres appelés "scopes". Le <strong>scope 1</strong> regroupe les émissions directes générées par les installations et équipements que l'entreprise possède ou contrôle : combustion de gaz naturel, fioul ou charbon dans les fours industriels, les chaudières et les turbines ; procédés chimiques émissifs (cuisson du ciment, fusion de l'acier, production de chaux) ; fuites de fluides frigorigènes ; émissions de la flotte de véhicules d'entreprise. Le <strong>scope 2</strong> regroupe les émissions indirectes liées à la consommation d'énergie achetée : électricité, vapeur, chaleur ou froid achetés à des tiers. Le scope 2 peut être comptabilisé en "market-based" (tenant compte des garanties d'origine et contrats d'achat d'énergie renouvelable — PPA) ou en "location-based" (facteur d'émission moyen du réseau national). Le <strong>scope 3</strong> regroupe toutes les autres émissions indirectes de la chaîne de valeur, en amont (achats de matières premières et composants, transport amont, déchets de production) et en aval (utilisation des produits vendus, fin de vie des produits, transport aval). Le scope 3 représente en moyenne <strong>70 à 90 % des émissions totales</strong> d'une entreprise industrielle. Dans le cadre du SBTi, les <strong>scopes 1 et 2 sont obligatoires</strong> pour tous les objectifs. Le <strong>scope 3 est obligatoire</strong> si les émissions scope 3 représentent plus de 40 % des émissions totales de l'entreprise (scopes 1+2+3 cumulés) — ce qui est le cas de la quasi-totalité des industriels. L'exigence SBTi sur le scope 3 est un point structurant : elle oblige les industriels à cartographier leur chaîne de valeur et à dialoguer avec leurs fournisseurs et clients sur leurs propres réductions d'émissions, s'articulant directement avec la <a href="https://bureauecologie.fr/decarbonation-industrie-lourde-acier-ciment-verre/">décarbonation de l'industrie lourde</a> dans les filières à forte intensité carbone.
Quelle est la procédure de validation d'une trajectoire SBTi et quels sont les délais ?
La validation d'une trajectoire SBTi suit un processus structuré en six étapes distinctes, d'une durée totale de <strong>12 à 24 mois</strong> de bout en bout pour un industriel qui démarre de zéro. La <strong>première étape</strong> est la lettre d'engagement (Commitment Letter) : l'entreprise signe et soumet en ligne un engagement public à définir des objectifs SBTi dans les 24 mois suivants. Cet engagement est immédiatement publié sur le site SBTi — il confère un statut "Committed" qui a déjà une valeur de signalement externe. La <strong>deuxième étape</strong> est le bilan carbone complet scopes 1, 2 et 3 selon le GHG Protocol Corporate Standard. Un bilan carbone existant (par exemple selon la méthode ISO 14064 — voir notre article sur le <a href="https://bureauecologie.fr/bilan-carbone-industrie-methode-iso-14064/">bilan carbone industrie</a>) peut être utilisé comme base, sous réserve de couvrir tous les postes scope 3 requis. La <strong>troisième étape</strong> est la définition des objectifs : l'entreprise choisit une méthode SBTi adaptée à son secteur (voir FAQ suivante) et calcule ses objectifs de réduction chiffrés, avec une année de base, des années cibles court terme (5-10 ans) et long terme (2050 pour le net-zero). La <strong>quatrième étape</strong> est la soumission officielle via la plateforme SBTi Target Validation Tool. Le dossier comprend le bilan carbone, les objectifs chiffrés, les feuilles de calcul SBTi et une documentation sur la méthode retenue. La <strong>cinquième étape</strong> est la revue scientifique par une équipe d'experts SBTi : délai moyen de <strong>3 à 6 mois</strong> (12 à 18 mois pour les secteurs complexes avec méthodes dédiées). Des allers-retours de clarification peuvent allonger ce délai. La <strong>sixième étape</strong> est la communication de la validation et le reporting annuel (obligation de publier les progrès chaque année). Pour mobiliser les aides disponibles dans la mise en œuvre, voir le <a href="https://bureauecologie.fr/panorama-aides-decarbonation-industrielle-2026/">panorama des aides à la décarbonation industrielle</a>.
Quels secteurs industriels disposent de méthodes SBTi dédiées et en quoi diffèrent-elles ?
Le SBTi a développé des <strong>méthodes sectorielles dédiées</strong> pour les industries dont la trajectoire de décarbonation est spécifique et ne peut pas être traitée par les approches génériques (SDA — Sectoral Decarbonization Approach ou ACA — Absolute Contraction Approach). Ces méthodes sont développées en concertation avec les fédérations professionnelles et les entreprises pionnières de chaque secteur. La <strong>Steel Pathway (acier)</strong> est la méthode dédiée à la sidérurgie, publiée en 2022. Elle fixe des objectifs en tonnes de CO₂ par tonne d'acier produit, en distinguant la filière intégrée (haut fourneau + convertisseur à oxygène, scope 1 très élevé) et la filière électrique (four à arc électrique, scope 2 dominant). L'objectif : réduire l'intensité carbone de l'acier de <strong>30 % d'ici 2030</strong> et atteindre la neutralité d'ici 2050 (via hydrogène vert, CCUS, scrap recovery). Le <strong>Cement Pathway (ciment)</strong> distingue les émissions de combustion (réductibles par efficacité et substitution de combustibles) des émissions de procédé (décarbonatation du calcaire, quasi incompressibles sans CCUS). L'objectif : -20 % d'intensité carbone d'ici 2030, neutralité en 2050 avec captage carbone. La méthode <strong>Chemicals Pathway (chimie)</strong>, en cours de finalisation, couvre les pétrochimiques, les plastiques et les engrais azotés, secteurs où le scope 3 aval (utilisation et fin de vie des produits) est prépondérant. Les <strong>autres secteurs couverts</strong> par des méthodes dédiées ou en développement incluent l'aluminium, le papier-carton, l'agroalimentaire et le transport maritime. Pour les secteurs non couverts par une méthode dédiée, la méthode générique SDA alloue un budget carbone sectoriel proportionnel à la valeur ajoutée de l'entreprise. L'articulation entre ces trajectoires SBTi et les projets concrets de <a href="https://bureauecologie.fr/decarbonation-industrie-lourde-acier-ciment-verre/">décarbonation de l'industrie lourde</a> (électrification, hydrogène, CCUS) est directe : les leviers techniques doivent être dimensionnés pour atteindre les jalons de la trajectoire validée.
Quels sont les bénéfices business concrets du SBTi pour un industriel (financement, commandes, réglementation) ?
Au-delà de la dimension environnementale, un engagement SBTi validé génère des <strong>bénéfices économiques et stratégiques mesurables</strong> pour les industriels sur trois axes. Sur le plan du <strong>financement</strong>, les institutions financières internationales (BEI, BPCE, Société Générale, BNP Paribas) proposent des conditions préférentielles (taux réduit sur prêts verts, accès facilité à des obligations liées à la durabilité — SLB) aux entreprises disposant d'objectifs SBTi validés. Le différentiel de taux peut atteindre <strong>10 à 30 points de base</strong> sur les emprunts longs, ce qui représente une économie substantielle sur les financements de projets d'investissement industriels. Les fonds ESG et les investisseurs institutionnels excluent progressivement les entreprises sans trajectoire carbone validée de leurs portefeuilles — un signal de plus en plus structurant pour les industriels cotés ou en phase de levée de fonds. Sur le plan des <strong>donneurs d'ordres et des marchés</strong>, les grands groupes industriels engagés SBTi (Renault, Airbus, Total Energies, Danone) intègrent désormais des exigences de réduction carbone dans leurs cahiers des charges fournisseurs, via leur programme Scope 3. Un fournisseur disposant d'un engagement SBTi validé répond directement à ces exigences, ce qui devient un <strong>critère de qualification voire d'éligibilité</strong> dans les appels d'offres à partir de 2026-2027. Sur le plan <strong>réglementaire</strong>, la directive CSRD (entrée en vigueur progressive 2024-2026) oblige les grandes entreprises européennes à publier des plans de transition climatique avec des objectifs de réduction GES chiffrés et des jalons de court terme. Le SBTi fournit exactement ce cadre méthodologique, reconnu par les régulateurs européens et les normalisateurs (EFRAG, ISSB). Les entreprises ayant anticipé cette obligation via un engagement SBTi bénéficient d'une <strong>longueur d'avance réglementaire</strong> significative. Pour mobiliser les aides financières disponibles dans la mise en œuvre technique de la trajectoire SBTi, consultez notre <a href="https://bureauecologie.fr/panorama-aides-decarbonation-industrielle-2026/">panorama des aides à la décarbonation industrielle 2026</a>.
